Lorsqu'on assiste à une compétition de saut à ski de très haut niveau (coupe du monde, championnats du monde, jeux olympiques) et que l'on voit à l'oeuvre les meilleurs mondiaux, tout paraît simple, fluide, sans effort. Cette apparente facilité cache en réalité une maîtrise technique exceptionnelle. Comment parvenir à un tel résultat? Afin de mieux comprendre cela, nous vous proposons une analyse détaillée des différents aspects techniques qui composent le saut.
1. La position d'élan
1.1 Lâché de barre
1.2 L'aérodynamisme
1.3 Le placement
1.4 L'approche
3. Le vol
3.1 1ère phase
3.2 2ème phase
3.3 Le vol
3.4 La fin de vol
5. Les clés de la réussite
5.1 Le mental
5.2 L'expérience dans la technique
5.3 La chance aérologique
5.4 L'entraînement physique
Mots clés:
Lâché de barre
Aérodynamisme
Polygone de sustentation
Equilibre
Relâchement
Maîtrise de la vitesse
Le but est de gagner le plus de vitesse possible.
Mais la position d'élan ne s'arrête pas à cela, une
bonne position d'élan permettra une disponibilité pour un
bon départ, ce que l'on oublie très souvent d'ajouter.
La position d'élan comprend des notions plus ou moins complexes
selon si l’on veut la comprendre à un degré de
difficulté important ou non.
Nous résumerons ces notions par de simples explications
graphiques.
En regardant une compétition de saut à ski, vous avez
peut être déjà pu remarquer que certains sauteurs
se poussent vivement de la barre de départ pour tenter de gagner
un peu de vitesse. Certains sauteurs seulement le font, et pourquoi pas
tous?
Le fait de se pousser de la barre augmente en effet la vitesse prise
par le sauteur les premiers mètres, mais encore faut il
être capable de garder ce gain de vitesse...
Le relâchement d'un skieur (quel qu'il soit) permet un gain de
vitesse important, on sait d'ailleurs très bien qu'un bon
"glisseur" est un skieur relâché.
Le fait de se pousser en haut de l'élan ne contribue pas au
relâchement recherché et peut poser des problèmes
au sauteur lorsqu'il se place en position d'élan.
En ajoutant à cela un risque de perte d'équilibre, et un
possible mouvement latéral des skis dans la trace faisant perdre
quelques dixièmes de km/h, on peut comprendre que des sauteurs
préfèrent lacher la barre tranquillement pour se
placer avec calme en position d'élan, relaché et
bien positionné.
Dans l'histoire du saut, la position d'élan a clairement
évoluée vers une perfection de concordance entre le gain
de vitesse et l'appui. Vous pouvez déjà avoir vu sur
d'anciennes photos ou vidéos des sauteurs avec les mains en
avant et les genoux très écartés en position.
La recherche en aérodynamisme a été essentielle
dans cette évolution.
Trainée
Pour réduire la traînée et ainsi augmenter la
vitesse sur une même distance, les bras se sont retrouvés
le long du haut du corps, la tête s'est baissée, les
genoux se sont resserrés.

La position traditionnelle.Permet d'avoir un appui équilibré,sûr,et de pouvoir aller poser les épaules sur les genoux (d'ou une facilité dans le relâchement du haut du corps).

La position d'"efficacité". Cette position est souvent
critiquée par les entraîneurs. Elle permet une impulsion
plus puissante, mais pose des problèmes de perte d'appui. Le fait
de rentrer les genoux crée aussi un risque de
deséquilibre arrière dans le rayon de l'élan, et
rend plus difficile le relâchement du haut du corps.
Tout a été fait pour
que le sauteur retienne le moins d'air possible dans sa prise
d'élan (moins de zones dites de turbulences), tout en
améliorant sa stabilité. L'évolution du
matériel a aussi joué son rôle avec
l'arrivée des combinaisons et l'amélioration du tissu
utilisé.
La position d'élan n'est pas si simple à prendre, contrairement à ce que l'on peut croire.
Certes les chaussures d'aujourd'hui ont des semelles compensées pour aider le sauteur à bien se placer en avant, mais cela ne fait pas tout.
Etre bien placé, c'est avoir un bon polygone de sustentation, c'est à dire une position équilibrée en tenant compte de la vitesse accumulée.
Polygone de sustentation:

Le polygone de sustentation est représenté au sol par la surface des deux pieds plus la surface interpodale (entre les pieds) du
sauteur.
Plus la surface est grande et plus l'équilibre est stable.
Le centre de gravité et son déplacement résulte de la forme géométrique du polygone de sustentation.
Par rapport à l'image représentée: plus l'on s'écarte du centre de la base du polygone, moins il y a de stabilité, et inversement.
Le sauteur doit être dans une position générale basse pour des raisons d'aérodynamisme et d'équilibre (faisant baisser son centre de gravité, il amé;liore son équilibre), les genoux pointant vers l'avant (angle skis-tibias) pour pouvoir donner une impulsion vers l'avant.
Les épaules du sauteur sont pos&ées sur le dessus des genoux.

Le bassin peut être placé plus haut ou plus bas selon la technique de chacun, cela influençant sur l'angle d'avancée des genoux, ainsi que sur l'angle d'impulsion. (voir le départ)

Martin Hoellwarth(AUT)
Position equilibree legèrement basse (conforme à ses capacités physiques lors du départ).
La tête et les épaules sont assez dégagées: risque d'ouverture du haut du corps à l'impulsion.

Matti Nykaenen (FIN) à l'entraînement (bien des années après sa carrière)
Cette image est un bon exemple d'équilibre et de proprioception.
La position est assez haute et les genoux écartés (position classique des années 80).
En s'approchant de la table du tremplin, le sauteur doit subir ce qu'on
appelle le rayon, c'est à dire le changement de pente entre le
haut de l'élan et la table du tremplin. Ce changement de pente
crée une force d'appui sur le sauteur, ainsi qu'une sensation
d'accélération.
C'est à ce moment précis qu'arrivent les premières
difficultés. La position d'élan initiale doit être
maintenue. En effet, chaque mauvais placement au départ
s'accentue à cet endroit de la piste, et compromet fortement le
but de départ: un bon saut.
Résumons simplement en disant que la difficulté majeure
est l'équilibre, sachant qu'un sauteur expérimenté
peut tout à fait tomber dans la faute, et que la maîtrise
de la vitesse dépend essentiellement du placement du sauteur en
position d'élan.

L'un des moments le plus important du saut: le passage du rayon et
l'approche de la table.